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JIB 2008 Allocution de Jean Benoit
13 Nov 2008 - News Public- Articles

 

 

JIB 2008

ACCUEIL MADAME ROSELYNE BACHELOT JEUDI 6 NOVEMBRE

 ALLOCUTION JEAN BENOIT

 

 

Madame la Ministre,

Au nom du Syndicat des biologistes et de tous mes confrères, je suis très heureux et honoré de vous recevoir, sur ces 53èmes Journées internationales de biologie. Ces journées sont les troisièmes au monde dédiées à la Biologie clinique, associant un salon de taille internationale et un congrès scientifique de haut niveau . Elles rassemblent biologistes privés, hospitaliers, internes, techniciens, secrétaires, sociétés savantes , ainsi que les fournisseurs de  matériel, réactif et services . Nous nous réjouissons d’accueillir 25% de visiteurs étrangers.
Ces journées sont le témoin de l’extraordinaire vitalité de notre discipline, maillon essentiel de la chaîne de soins, qui  a toujours su s’adapter, aussi bien aux évolutions technologiques qu’aux contraintes de qualité ou économiques.

Votre visite est d’autant plus importante qu’elle survient à un moment clé pour l’avenir de notre profession.

Vous avez souhaité engager une profonde réforme de la biologie .
 quel constat faisiez vous au départ ?
- y avait-il des problèmes de qualité importants dans le réseau de laboratoires privés ou hospitaliers ?
- y avait-il un problème d’accès aux soins en  biologie ?
- la biologie française semblait-elle à la traîne par rapport aux autres pays ?

Vous avez confié une mission de concertation à Michel Ballereau, à qui je rends hommage pour la façon dont il l’a menée. Cette mission a abouti à un rapport devant conduire à  des modifications législatives très importantes s’intégrant dans la loi Hôpital Patients Santé Territoires. Je vais en reprendre les items principaux.


Le choix de la médicalisation
Cette demande, je la porte depuis longtemps, rejoint aujourd’hui par beaucoup d’autres , et je vous remercie beaucoup, Madame la Ministre,  d’avoir fait, avec Muriel Dahan et Michel Ballereau, ce choix de la biologie médicale alors que celui de la seule prestation de services était poussé par d’autres. Cette décision est essentielle et marquera notre exercice pour de nombreuses années . Toutefois, cette médicalisation ne doit pas servir de prétexte à un contrôle des médecins par les biologistes  mais être l’occasion de mettre en place une coordination, une coopération très étroite entre eux afin de tirer le meilleur profit pour le patient de ce que peut apporter notre discipline. La médicalisation ne doit pas découler d’obligations administratives mais médicales.

Le choix de la qualité
Bien sûr que nous le faisons avec vous. Nous l’avions très largement anticipé en organisant nous-mêmes notre contrôle de qualité bien avant qu’il ne devienne réglementaire et en initiant également le GBEA en 1994.
Nous avons voulu faire plus et aller plus loin - en créant Bio Qualité, qui est un exemple unique d’investissement d’une profession, en particulier médicale – pour se remettre en cause  et organiser un système d’assurance qualité de très haut niveau, ouvert à tous, sans but lucratif. Près de 2 900 laboratoires sont aujourd’hui engagés dans cette démarche et près de 300 laboratoires ont dès aujourd’hui obtenu leur qualification.
Vous avez souhaité aller encore plus loin en nous demandant une accréditation selon la norme européenne EN 15 189. Etait-il vraiment nécessaire de monter à ce niveau pour assurer de la qualité des actes délivrés au patient ? Beaucoup pensent que non, mais le débat n’est plus là.
Puisque nous sommes dans un contexte européen et qu’il s’agit d’améliorer encore la qualité de nos actes, nous assumerons cette nouvelle démarche, après l’étape Bioqualité, Madame la ministre, en étant conscients des très lourds investissements humains et financiers que cela va entraîner.

 


L’organisation des laboratoires
- Nous répondons oui également à la poursuite du regroupement des laboratoires et des compétences des biologistes. Cette évolution est engagée depuis 15 ans déjà dans notre profession et nous souhaitons la poursuivre, mais dans un cadre organisé et réglementé. J’y reviendrai.
- Nous sommes réceptifs à la notion d’organisation globale de la biologie dans une région et d’amélioration de la coordination ville-hôpital.
- Nous sommes tout à fait favorables à la coordination des acteurs de santé. Je participe depuis des années à des groupes de travail interprofessionnels. C’est un critère essentiel de la qualité des soins pour le patient, qui doit sentir s’organiser autour de lui une véritable équipe médicale.
- Nous prendrons notre part dans la permanence des soins, qui est un élément important de la réorganisation des soins primaires, telle que vous la souhaitez dans la loi HPST.


Mais, pour nous engager, il nous est indispensable de conserver un certain nombre de règles qui définissent le cadre d’exercice de la biologie
Une profession comme la nôtre, Madame la Ministre, a besoin d’une régulation législative et réglementaire. La norme qualité, la preuve à posteriori ne peuvent pas tout.


je vais citer un minimum de trois règles indispensables :
- limitation du nombre de sites d’un laboratoire multi-sites sur un territoire de santé
- définition claire de  ce qu’est un site de biologie médicale, excluant les centres de prélèvements
- nécessité d’imposer la présence de biologistes sur les sites de biologie, avec un nombre de biologistes supérieur au nombre de sites…

Madame la ministre,  donnez nous le cadre législatif et les moyens qui nous permettront d’assumer pleinement la réforme. En particulier, nous ne pourrons le faire si  n’est pas résolu le problème de l’ouverture du capital des laboratoires.

L’ouverture du capital

- le capital des laboratoires de biologie ne doit pas être ouvert dans son intégralité et à toutes sortes d’investisseurs, dont la plupart n’auront aucun projet professionnel. Nous savons qu’elle a été la pression européenne sur ce sujet, organisée par des lobbys financiers. Nous savons que les tenants de l’ultra libéralisme font fi de toute considération déontologique, éthique ou sociale pour ne s’intéresser qu’au seul profit.


Le Traité de Rome n’avait malheureusement pas prévu de s’intéresser au domaine social, et en particulier à celui de la santé, laissant ainsi un vide dans lequel le système financier s’est bien évidemment engouffré.
Mais, est-il besoin de le rappeler, le domaine de la santé n’est pas un domaine marchand comme un autre. Les considérations de rentabilité – si elles doivent être prises en compte – ne peuvent pas être la seule règle. Dans ce domaine, l’humain, comme ne cesse de le clamer mon ami le PrJean-Gérard Gobert, l’humain doit rester au centre.
Comment, dans une période où tout le monde peut constater les ravages provoqués dans l’économie mondiale par les spéculateurs, investisseurs de tous poils, pourrait-on livrer sans garanties un secteur de la santé à ces financiers ? Ce serait  la première vague d’un raz de marée sur de nombreux secteurs du système de soins. Les pharmacies d’officine, les cabinets de radiologie, les cabinets de dentistes et, Madame la ministre, les maisons de santé pluridisciplinaires que vous appelez de vos vœux….
Comment la solidarité nationale pourrait-elle servir à alimenter les dividendes des LBO étrangers ?

Le biologiste est un praticien de santé, ce rôle doit se trouver fortement renforcé. Nous engageons notre responsabilité sur toute décision que nous prenons : c’est pour cela que nous devons avoir la possibilité de conserver, dans tous les domaines du fonctionnement d’un laboratoire, domaine médical, domaine technique, domaine organisationnel, domaine de la gestion,  et du management,   notre totale liberté de choix et de décision. C’est pour cela que la définition restrictive du biologiste responsable figurant actuellement dans l’article 20 du projet de loi HPST ne nous convient pas du tout. Nous refusons également que des cliniques ou des sociétés d’assurance puissent investir dans la biologie.
Nous voulons offrir à nos patients ce que nous estimons le meilleur pour eux. C’est ça l’exercice libéral !
Nous sommes capables de réorganiser notre profession entre biologistes.
Tout le monde sait ce qu’entraînerait l’ouverture aux capitalistes, et cela dans un délai très rapide : constitution de réseaux à base financière, regroupant divers secteurs de la santé, risquant d’aboutir à une machine infernale à développer les volumes d’actes incontrôlable.

Face à cette catastrophe annoncée, nous vous proposons, Madame la ministre, une biologie restructurée, réorganisée, assumant toutes les contraintes de qualité, de médicalisation, de permanence des soins, de service au patient, dans un cadre de maîtrise des dépenses basée sur une gestion intelligente de la prescription, seule façon d’assumer structurellement et durablement des dépenses de biologie efficientes.
L’efficience des soins

Sur ce sujet de l’ efficience des soins, je voudrais vous dire l’exaspération de notre profession devant les attaques incessantes dont elle fait l’objet. Attaques indécentes d’une presse soumise aux capitaux, mais qui se nourrit d’éléments exprimés, souvent sans étude sérieuse, par certains Ministères ou services. Vous mêmes, Madame la Ministre, avez laissé entendre un manque de qualité et des profits exagérés dans notre profession. Comment pourrait-on accepter cela ?


Cette année encore, vous avez demandé au directeur de l’Uncam d’appliquer une baisse tarifaire, par l’intermédiaire de la nomenclature, de 100 millions d’euros en « remboursé » sur la biologie.

Savez-vous, Madame la ministre, qu’il s’agit de la 3ème baisse en 4 ans ?
Savez-vous que les dépenses de biologie en 1998 étaient équivalentes à celles de 1993 alors que les autres secteurs de la santé avaient vu augmenter les leurs  de façon considérable?
Savez-vous que les dépenses de biologie sont actuellement en négatif en dépenses, et en très légère progression en volume ?
Alors, quelle est la justification à ces baisses ?

 

La majorité des gains de productivité a été faite et a servi à la profession à aller vers sa réorganisation actuelle. Aujourd’hui, les gisements de productivité, s’ils ne sont pas nuls, ne sont certainement pas au niveau de ce que vous pouvez penser.
Par ailleurs, si vous voulez que la profession puisse assumer son évolution et toutes les très grandes contraintes qui l’accompagneront, il faudra lui en donner les moyens, que ce soit en ville ou à l’hôpital. Allez vous mettre en place des fonds pour aider les laboratoires privés et hospitaliers à gérer cette évolution ?

Aller vers une paupérisation de la biologie serait très dangereux, non seulement pour les professionnels et leurs personnels, mais également pour les patients.
L’alternative, je l’ai évoqué tout à l’heure, réside dans une meilleure efficience de la biologie, passant par une prescription pertinente, basée sur des référentiels incontestables, établis entre tous les acteurs : biologistes, médecins, caisses d’assurance maladie, HAS…. La possibilité de suivi des pathologies chroniques en coordination avec les autres professionnels de santé, la possibilité  de mettre en place certaines formes de forfaits. Nous proposons ces éléments depuis plusieurs années sans être entendus ni des ministères, ni des caisses d’assurance maladie, alors que chacun sait que les baisses de tarifs, elles,  sont vouées à un échec permanent.

Voilà, Madame la ministre, ce que je voulais vous dire à ce moment si important pour notre profession. Vous avez eu le courage d’engager une réforme de grande ampleur de notre système de soins. Je vous demande de mener la réforme de la biologie en cohérence avec cette réforme globale, qui replace les soins primaires et le patient au centre du système.
Les biologistes s’engageront dans cette réforme si vous leur donnez les moyens qu’ils vous réclament. La réforme doit répondre aux aspirations de tous les biologistes, privés, hospitaliers et internes, les biologiste s’y engageront  si vous leur donnez les moyens qu’ils vous demandent.


L’harmonisation européenne justifie-telle tout ?
Nos contacts européens nous montrent qu’il y a une prise de conscience sur le sujet délicat de la finance dans le domaine de la santé. Les consciences se réveillent, et l’obligation de l’ouverture totale du capital ne  semble plus une fatalité inéluctable. Ne prenez pas, à ce sujet, une décision trop hâtive qui sacrifierait inutilement  la biologie en fragilisant énormément les autres secteurs de la santé, en particulier la pharmacie. Nous allons créer ici même demain, la fédération euro-méditerranéenne des laboratoires de biologie médicale basée sur les grands principes qui guident notre exercice ; tous les pays qui nous y rejoignent seraient également, par contrecoup,  affectés par cette décision. Enfin, donnez à la représentation nationale la possibilité de débattre et de s’exprimer sur un sujet aussi important.
Nous avons le temps.
Tout n’est pas perdu. Allons au combat ensemble pour imposer notre façon de voir la relation au patient dans notre système de soins ; le principe de subsidiarité nous reconnaît ce droit, je dirais même nous l’impose.
La détermination des biologistes – privés, hospitaliers et internes – est totale sur cet sujet et ils se battront avec toutes les armes possibles pour préserver un exercice auquel ils croient plus que tout. Sachez que cette détermination, ils peuvent la mettre à se battre à vos côtés si vous les accompagnez sur ces options. Il est encore temps.

Madame la ministre, soyez encore remerciée d’être venue nous écouter. Ce que je vous ai dit, je l’ai dit du fond du cœur, parce que je crois en mon métier, en ma profession et que je voudrais qu’elle ait un avenir digne afin que nous puissions continuer à garder avec nos patients et nos confrères médecins cette relation si particulière qui fait que nous pourrons continuer à l’exercer avec passion.

 



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